Investir en éducation—Investir dans notre avenir

Rapport du Conference Board du Canada sur l’éducation publique

Investir davantage dans l’éducation, c’est bon pour l’économie. Une déclaration vraisemblablement simple et logique et sans doute difficile à réfuter. Pourtant, sur la scène politique de l’Ontario, nous sommes soumis à des phrases-chocs de tous les horizons politiques confondus. Les discours réfléchis, étayés et factuels se sont effrités alors que la rhétorique populiste est devenue la façon de faire des affaires politiques en Ontario, et dans de nombreuses autres provinces.

Pour écarter le dialogue des affirmations simples dénuées de fondement vers une discussion fondée sur les faits et les données réelles, la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) a demandé au Conference Board du Canada d’examiner les chiffres et de répondre à une question simple : Quand vous investissez des fonds publics en éducation, est-ce bon pour l’économie? Une étude de haute qualité et quantitative contribuerait à répondre à cette question, mais pas le maintien d’une rhétorique creuse.

Le résultat a été un rapport de recherche produit par le Conference Board, intitulé The Economic Case for Investing in Education, qui a été rendu public le 19 juin 2019 lors d’une activité de l’Empire Club of Canada à Toronto.

La méthodologie et les principales conclusions du rapport, à savoir qu’investir en éducation génère une croissance économique globale et réduit la dépense publique dans des domaines clés, diffèrent de la plupart des recherches sur la relation entre l’éducation et l’économie. La plupart des recherches, et surtout le gouvernement actuel, ont tendance à se concentrer sur le rôle de l’éducation pour donner accès aux individus à des salaires plus élevés et à de meilleures occasions d’emploi. Ces considérations sont importantes, mais elles sont aussi des mesures personnelles individualisées. Attirer l’attention sur la relation entre l’éducation et l’emploi réduit l’éducation publique à un simple instrument de l’économie et cela donne l’impression que le système d’éducation importe uniquement aux élèves actuels et à leurs familles.

Bien qu’il soit certainement important que les élèves trouvent un travail intéressant et épanouissant, OSSTF/FEESO a commandé cette étude afin de découvrir si les investissements en éducation influencent bien plus que les élèves et leurs familles. Autrement dit, la question fondamentale était de savoir s’il existe des avantages publics, des avantages que tous partagent, qui découlent des investissements en éducation. En assurant une analyse économique indépendante, The Economic Case for Investing in Education confirme ce que les défenseurs de l’éducation publique savent d’instinct : l’éducation est vraiment pour tous.

Pour examiner les avantages publics d’investir en éducation, les chercheurs du Conference Board se sont penchés sur deux secteurs économiques généraux. Dans la première partie du rapport, les auteurs étudient l’effet des dépenses en éducation sur l’économie globale. Dans la deuxième, ils associent les résultats scolaires aux dépenses dans d’autres domaines politiques. Il importe de dissocier les conclusions de chaque partie. Le rapport ne précise pas que l’augmentation de 1 pour cent décrite dans la première partie mènerait nécessairement à de meilleurs résultats et à la réduction des dépenses de la deuxième partie. Ce sont des analyses distinctes. Néanmoins, elles sont toutes deux convaincantes et même si l’une ou l’autre fait fortement valoir l’augmentation des investissements en éducation, ensemble, elles ne font aucun doute.

Examinons le rapport en profondeur
Lorsque les économistes regardent les retombées économiques de toute injection de fonds dans l’économie, qu’il s’agisse d’investissements des entreprises aux parades de la Fierté en passant par les dépenses gouvernementales, ils examinent trois types d’effets : l’incidence directe de l’investissement en termes du salaire des employés dans le secteur, l’incidence indirecte qui découle de l’achat de produits et services dont le secteur a besoin (par exemple, pupitres, fournitures scolaires, immobilier et bâtiments scolaires) et enfin, ce que les économistes appellent les incidences « dérivées », qui sont les nouveaux emplois, les occasions d’affaires et les recettes fiscales supplémentaires créés lorsque les employés du secteur dépensent leurs salaires. Au moyen de méthodes perfectionnées, les économistes utilisent ensuite les incidences directes, indirectes et dérivées pour évaluer la croissance économique globale, les changements au niveau des salaires et les changements des revenus gouvernementaux qui découlent de l’introduction de nouveaux fonds dans l’économie, encore par le biais d’investissements privés ou de dépenses publiques.

Le système d’éducation est un secteur particulièrement important pour ce type d’analyse puisque l’enseignement de la M/J-12e année est déjà responsable de 291 000 emplois (soit directement ou indirectement) et représente 3,2 pour cent de l’envergure globale de l’économie. Dans le rapport The Economic Case for Investing In Education, les auteurs ont examiné ce qui peut arriver si le gouvernement augmentait de 1 pour cent ses investissements dans l’éducation. En se fondant sur les dépenses de 29,1 milliards de dollars en éducation en 2018-2019, une augmentation de 1 pour cent serait de 291 milliards de dollars. Les résultats sont remarquables.

Tout d’abord, les auteurs ont découvert qu’un investissement de 1 pour cent créerait un accroissement de l’activité économique d’une valeur de 371 millions de dollars. L’économie devrait croître plus que l’investissement d’origine! Cette croissance comprendrait 4 234 emplois et 275 millions en traitements et salaires additionnels. N’oublions pas que ces nouveaux emplois et la hausse des salaires seraient dans tous les secteurs de l’économie et non pas seulement pour les travailleuses et travailleurs en éducation. Évidemment, lorsque les emplois et les salaires augmentent, il en va de même pour les recettes fiscales. Le Conference Board estime que les recettes fiscales totales augmenteraient de 94 millions de dollars, y compris 36 millions d’impôts provinciaux et 54 millions de dollars en impôt fédéral. Cela signifie que près du tiers du montant initial de 291 millions de dollars serait retourné aux divers paliers du gouvernement pour soutenir des investissements supplémentaires.

Bref, pour chaque dollar investi en éducation, il y aurait une croissance économique d’une valeur de 1,30 $. Malheureusement, l’inverse est aussi vrai. Au fur et à mesure que le gouvernement retire de l’argent du système d’éducation, il mine aussi la croissance économique de notre province. Pour chaque dollar que le système d’éducation perd, l’économie se replie de 1,30 $.

Cependant, les retombées économiques générales de l’investissement en éducation ne sont qu’un côté de la médaille.

Comme nous l’avons déjà mentionné, des niveaux supérieurs de scolarité entraînent des résultats comme une rémunération plus élevée et moins d’emplois précaires. Nous pouvons ajouter à ces avantages privés des éléments comme de meilleurs résultats sur le plan de la santé et une plus faible probabilité de participation à des activités criminelles. The Economic Case for Investing in Education fait valoir que ces avantages privés se traduisent véritablement en avantages sur le plan social, car ils réduisent les dépenses gouvernementales dans des secteurs clés.

Pour démontrer ceci, les auteurs ont examiné des recherches qui témoignent du lien entre l’investissement en éducation et le niveau de scolarité, le niveau de scolarité et une dépendance moindre aux soins de santé et aux programmes d’aide sociale et, enfin, le niveau de scolarité et la faible probabilité de démêlés avec le système de justice pénale. À titre d’indicateur général du niveau de scolarité, les auteurs ont utilisé le taux de diplomation en Ontario. Ceci est particulièrement utile dans le contexte actuel de l’Ontario, parce que la hausse de 15 pour cent des taux d’obtention de diplôme, que nous avons constatée depuis les années de Mike Harris, est directement menacée. À mesure que le gouvernement augmente les effectifs moyens des classes au secondaire, les conseils scolaires commencent déjà à réduire le personnel de soutien essentiel. Des classes plus grandes et des soutiens réduits sont une combinaison potentiellement dévastatrice et il sera donc plus difficile pour plusieurs élèves de se maintenir dans la voie de l’obtention de diplôme.

À l’aide des taux d’obtention de diplôme comme indicateur de l’amélioration des résultats scolaires, les auteurs ont ensuite imaginé trois scénarios pour permettre de faire des comparaisons. Dans le premier scénario, ils sont partis du principe qu’il n’y avait aucune amélioration au taux actuel d’obtention de diplôme de 86,2 pour cent. Dans le deuxième, ils ont supposé un investissement en éducation qui augmenterait le taux d’obtention de diplôme en Ontario à 90 pour cent. Cela permettrait à l’Ontario d’être sur un pied d’égalité avec la Nouvelle-Écosse qui affiche actuellement le taux le plus élevé d’obtention de diplôme parmi les provinces. Finalement, ils ont calculé l’inverse, à savoir les conséquences des coupures qui réduisent le taux d’obtention de diplôme en Ontario à 82,6 pour cent.

Sur la base du rapport entre les taux d’obtention de diplôme et les résultats financiers sur les soins de santé et la justice pénale, que les auteurs ont établis lors de l’analyse de la documentation, ils ont ensuite évalué de quelle manière les variations des taux d’obtention de diplôme dans chacun de leurs trois scénarios influenceraient les dépenses de soins de santé, d’aide sociale et du système de justice pénale.

Encore une fois, les constatations sont remarquables. Dans l’ensemble, accroître les taux d’obtention de diplôme à 90 pour cent entraînerait des économies annuelles de 2 767 $ pour chaque diplômé additionnel du secondaire dans les trois domaines. Cela équivaut à 16,4 millions de dollars par année et, sur une période de 20 ans, les coffres du gouvernement auraient économisé à peu près 3,5 milliards de dollars. Le rapport ventile ces coûts par domaine politique. En santé, la province économiserait 6,4 millions de dollars par année (1,4 milliard $ étalés sur 20 ans). En ce qui concerne l’aide sociale, l’économie annuelle serait de 5,1 millions de dollars (1,1 milliard $ sur 20 ans) et 4,9 millions de dollars seraient économisés dans le système de justice pénale (1 milliard $ sur 20 ans).

En revanche, si les politiques gouvernementales causent le taux d’obtention de diplôme le plus faible analysé dans le troisième scénario, le public aurait vraisemblablement dépensé 3,128 $ additionnels par année pour chaque personne additionnelle qui n’a pas terminé ses études secondaires. Cela équivaut à environ 18 millions de dollars de coûts supplémentaires par année et on accumulerait 3,8 milliards de dollars additionnels étalés sur 20 ans. Sur la même période de 20 ans, cela correspondrait à 1,4 milliard de dollars additionnels chacun pour les soins de santé et l’aide sociale ainsi qu’un milliard de dollars supplémentaires pour la justice pénale.

Malheureusement, combien il faut dépenser pour atteindre un taux d’obtention de diplôme de 90 pour cent ainsi que la façon de le dépenser (c.-à-d., sur des classes de plus petite taille, le perfectionnement professionnel ou la technologie) dépassait la portée du présent rapport. La littérature sur ces questions suscite déjà un débat considérable, mais The Economic Case for Investing in Education montre les avantages fiscaux que tireront les gouvernements de cet investissement.

Les chiffres et les constatations se passent d’explications. Investir en éducation est bon pour l’économie et, à l’inverse, couper les dépenses dans le secteur de l’éducation a des répercussions négatives de même importance. Le gouvernement progressiste-conservateur de l’Ontario ne peut nier les conclusions du présent rapport. Au moment où le gouvernement entreprend le périple de couper le financement en éducation, il risque aussi de perturber l’économie de l’Ontario et de nous coûter de plus en plus cher.

Nous ne pouvons qu’espérer que les politiciens, qui détiennent les leviers du pouvoir, porteront une attention particulière aux faits bien documentés pour formuler les orientations politiques plutôt que d’emprunter le chemin qui est dicté par les discours parsemés de formules aguichantes et les demi-vérités non fondées des populistes.

About Gary Fenn et Chris Samuel
Gary Fenn est directeur du Secteur des communications/action politique et Chris Samuel est analyste des politiques publiques, tous deux au Bureau provincial de la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario.

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