OSSTF/FEESO—Le racisme, l’oppression, l’égalité

L’histoire du mouvement syndical dans ce pays est l’histoire de la lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs. Toutefois, les narrateurs de cette histoire ont souvent et à maintes reprises laissé de côté les histoires et expériences des Noirs, des Autochtones et des travailleuses et travailleurs de couleur. Notre avenir comme syndicat doit aborder cette flagrante omission. Cette histoire a donné lieu à un avancement institutionnel des travailleuses et travailleurs blancs devant les travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et de couleur. Pour OSSTF/FEESO, cela fait également partie de notre histoire et nous ne devons pas avoir peur de relever le défi de cet héritage ou de ce passé. Il ne faut pas être complice en maintenant le statu quo.

Pendant des générations, les membres des communautés noires, africaines et des Caraïbes dénoncent le racisme et l’oppression anti-noir. Grâce à une plus forte sensibilisation au racisme, à la haine et à la violence anti-noir partout en Amérique du Nord et partout dans le monde, les peuples racialisés et les coconspirateurs ont interpelé le monde à reconnaître le besoin urgent pour l’action et le changement. Depuis fort trop longtemps, bon nombre d’entre nous avons été ignorants de ces actes et n’avons pas fait face aux réalités des effets préjudiciables du racisme et du colonialisme dans notre vie. Ce qui est clair, c’est que comme société nous avons normalisé la discrimination sans reconnaître que les effets constituent un danger évident et réel pour les peuples racialisés et autochtones. Il s’agit d’une attitude bien inférieure à ce qui devrait être acceptable. Une telle discrimination est inacceptable et le but doit être d’éliminer le racisme et ses effets néfastes sur la société canadienne.

Bien entendu, OSSTF/FEESO n’est pas à l’abri de cette histoire tourmentée au Canada. Nous reconnaissons que le racisme structurel et systémique ainsi que le colonialisme font toujours partie de l’expérience de groupes de membres au sein d’OSSTF/FEESO. Nous sommes fiers d’être la voix de la main d’œuvre représentant plus de 60 000 membres en éducation de l’Ontario. Cependant, malgré nos efforts à ce jour, nous avons manqué de garantir un accès équitable parmi nos propres membres. Nos structures organisationnelles ont donné lieu à des conséquences inattendues, laissant certains groupes parmi nos membres hors du processus de prise de décision. Simplement dit, nous devons reconnaître qu’il y a des groupes de membres qui ont été historiquement marginalisés par nos structures, nos politiques et nos procédures. Cette reconnaissance pourrait nous rendre mal à l’aise, à juste titre. Bien qu’il soit difficile d’accepter nos lacunes collectives, le temps est maintenant venu d’ouvrir l’organisme à une critique et à un examen approfondis, tant aux niveaux local que provincial. Ce n’est pas une tâche facile ou rapide, mais bien une tâche nécessaire.

La responsabilité de celles et ceux dans des postes de direction de mieux faire nous est imposée par notre Déclaration en matière d’égalité qui, en partie, stipule : « L’exclusion de certains groupes doit être clairement reconnue. Pour OSSTF/FEESO, ces groupes comprennent notamment, mais sans s’y limiter, les femmes, les personnes de couleur, les lesbiennes, les gais, les bisexués, les transgenres, les intersexués, les personnes en questionnement, les bispirituels, les Premières Nations, les Inuits, les Métis, les personnes handicapées, les francophones et ceux dont la participation est entravée en raison de circonstances économiques ou de la situation familiale. » Nous avons toujours priorisé l’égalité, toutefois, nous continuons de repenser à quoi elle ressemble chez OSSTF/FEESO et nous travaillons à mieux reconnaître les récits ou histoires variés des membres qui sont victimes d’oppression.

À titre d’organisme qui date de plus de 100 ans, OSSTF/FEESO a toujours ancré son travail dans l’égalité. À notre première Assemblée générale annuelle en 1920, une résolution a été adoptée à l’unanimité, formalisant que « le principe du salaire égal pour un travail égal soit formellement adopté dans la politique générale de la Fédération ».

La résolution de Jesse Muir était la première étape dans les efforts de l’organisation de se servir des politiques et des pratiques pour façonner le changement et améliorer l’égalité. La Déclaration en matière d’égalité d’OSSTF/FEESO est le prolongement du travail de nos premiers membres. Cette déclaration reconnaît que nos membres doivent se reconnaître dans la composition de notre organisation. Nous devons nous reconnaître dans nos buts, dans nos structures et dans nos pratiques. C’est une déclaration qui rend hommage aux démarches que nous avons entreprises et qui nous rappelle que les efforts en matière d’égalité sont incessants : « OSSTF/FEESO est un syndicat démocratique qui reconnaît l’importance d’encourager et de soutenir la participation de tous les membres tout en covenant que certains de ses membres ont été traditionnellement exclus. Pour que la Fédération excelle, tous les membres doivent se retrouver dans ses buts, ses structures et ses pratiques ». Cela signifie que nous devons régulièrement réfléchir à nos origines et à la direction que nous pouvons et devons toujours prendre.

En 2007, les délégués à la Réunion annuelle de l’Assemblée provinciale (RAAP) ont dirigé l’Exécutif provincial à mettre en place un groupe de travail provincial conçu pour élaborer un processus visant à déterminer le niveau de participation des membres des groupes à la recherche d’égalité. Cela a mené à la création du poste d’agent en matière d’égalité, d’un groupe de travail interne en matière d’égalité du personnel, d’un groupe de travail consultatif en matière d’égalité formé de membres et d’une ligne budgétaire réservée à l’élimination des obstacles à l’égalité au sein d’OSSTF/FEESO. Alors que ces structures internes commençaient à prendre forme, OSSTF/FEESO a continué de créer une série d’ateliers de perfectionnement professionnel à l’intention des membres, qui offrent un apprentissage sur les façons d’aborder l’oppression et la discrimination enracinées dans le racisme, le sexisme, l’homophobie et la transphobie, le colonialisme et le classicisme. Nous savons, toutefois, que les ateliers à eux seuls ne changent pas la structure et les pratiques d’un organisme. 

Le Sondage sur la participation des membres, qui a pris fin en 2016, démontrait que les membres des groupes à la recherche d’égalité commencent à participer dans une plus grande mesure que par le passé. Toutefois, ce qui était également évident, c’est qu’il est toujours moins vraisemblable que les membres de certains groupes assument des rôles formels au sein de la Fédération dans bon nombre des organes de gouvernance les plus élevés au sein d’OSSTF/FEESO. Ces constatations ont poussé les membres à adopter deux importantes résolutions à la RAAP 2016. Tout d’abord, elle a adopté une résolution dirigeant OSSTF/FEESO à fournir à ses dirigeants une formation continue en matière d’égalité et d’anti-oppression. En deuxième lieu, les délégués à la convention de 2016 ont également dirigé leur syndicat à élaborer un programme intensif formel de mentorat conçu pour appuyer les membres de groupes à la recherche d’égalité qui désirent participer davantage à la direction de la Fédération. Ces démarches s’ajoutent au travail existant du Comité des droits de la personne et du Comité du statut de la femme au niveau provincial et à notre dévouement envers les projets qui appuient les droits de la personne et la solidarité syndicale à l’échelle mondiale. Ce travail a également mené à la publication ou parution de ressources de curriculum et de formation pour aborder l’homophobie, la transphobie, le sexisme, la violence faite aux femmes et la pauvreté. Notre approche à l’égalité reconnaît l’importance d’éviter un récit unique tout en acceptant le caractère unique des identités intersectionnelles sur les expériences vécues d’oppression. 

Également en 2016, dans le but de redresser le legs des écoles résidentielles et de faire avancer le processus de la réconciliation canadienne, OSSTF/FEESO a mis sur pied le Groupe de travail consultatif des Premières Nations, Métis et Inuits pour conseiller l’Exécutif provincial sur toute question touchant les peuples des Premières Nations, Métis et Inuits. Par conséquent, les membres de ce groupe de travail ont largement contribué à aider la Fédération à mettre en place des actions concrètes alors que nous poursuivons nos efforts vers la réconciliation. 

Cette histoire ne signifie pas que nous avons complètement abordé les questions d’inégalité, mais elle offre à notre organisme les étapes fondamentales pour continuer à nous remettre en cause et à repenser nos structures. Nous n’avons pas peur du travail qui reste à faire. Notre histoire continue de refléter les efforts d’OSSTF/FEESO sur l’ensemble plus vaste du mouvement syndical, parmi nos employeurs et au sein du système d’éducation. 

Ces étapes sont importantes et elles ont donné lieu à certains changements structurels et pratiques, toutefois, malgré nos efforts continus, il est clair qu’en abordant le colonialisme, le racisme anti-noir et la discrimination raciale en général, nos efforts se sont avérés bien insuffisants à titre de Fédération. Nous nous devons d’accepter ce fait, de le reconnaître et d’en faire une priorité. 

L’examen minutieux de qui nous sommes à titre de syndicat et de nos expé-
riences récentes exige que l’organisme repense les domaines de la croissance et du défi. Il ne suffit plus pour nous de simplement nous arrêter après avoir admis nos erreurs. Il faut plutôt cerner activement où la discrimination systémique s’est manifestée dans nos structures et prendre des actions concrètes pour y remédier. Dans la plus grande humilité, nous acceptons cette responsabilité.

Alors que des événements se sont déroulés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Fédération, cela a été une période des plus difficiles pour de nombreux membres d’OSSTF/FEESO qui ont subi la douleur du racisme systémique et les obstacles qu’il crée. L’Exécutif provincial a passé un certain temps à réfléchir sur l’impact de l’oppression et du racisme systémique—surtout le racisme anti-noir—et sur les étapes requises pour commencer à changer la structure et la culture du syndicat.

Comme point de départ, nous avons puisé dans l’expertise interne qui existe au sein de la Fédération et nous conti-nuons de travailler en collaboration avec notre agente en matière d’égalité sur les questions de la responsabilité et de la détermination des obstacles systémiques qui existent au sein d’OSSTF/FEESO. Mais surtout, l’Exécutif provincial a retenu l’expertise d’un expert-conseil externe ayant une vaste expérience dans l’aide aux organismes qui désirent procéder au changement de culture requis pour contrer toutes les formes d’oppression et de discrimination—mais en particulier le racisme anti-noir. Nous sommes heureux de travailler en collaboration avec Kike Ojo-Thompson, du KOJO Institute. 

Au cours des derniers mois, nous avons mis la priorité sur l’écoute des membres et nous continuerons ainsi. Nombreux sont celles et ceux d’entre vous qui nous ont approchés pour exprimer votre opinion et, bien que difficile à entendre dans certains cas, votre opinion nous est importante. Du même coup, nous appliquons également ce que nous apprenons dans le cadre de notre travail en collaboration avec le KOJO Institute, c’est-à-dire de reconnaître et d’affirmer les façons auxquelles l’oppression systémique et la discrimination se manifestent au sein d’OSSTF/FEESO et d’en tenir compte. Ce faisant ou dans ce cadre, nos actions doivent être courageuses et pertinentes. Elles doivent émaner d’une écoute minutieuse auprès des membres—mais surtout auprès de celles et ceux des groupes marginalisés ayant des expériences vécues et de la découverte des obstacles qui existent. Afin d’avancer dans notre engagement pour aborder le racisme structurel et institutionnel, nos actions doivent également être intentionnelles pour que nous puissions en être tenus responsables. 

Au fil du temps, nous devrons évaluer ce qui a changé et l’impact de ce changement. En ce qui concerne l’avenir, nous entreprendrons un examen approfondi d’OSSTF/FEESO et, pour bien y arriver, nous devrons également être prêts à réfléchir à nos structures, à nos politiques et à nos priorités sur une base continue. Un examen régulier de notre travail et de son efficacité à aborder le racisme systémique est de la plus haute importance pour orienter ce travail dans la bonne voie. Il est essentiel dans nos efforts que nous soyons redevables à nos membres en évaluant la mesure à laquelle nous répondons suffisamment à notre engagement de contrer et d’aborder l’oppression. L’élimination des obstacles à la participation des membres nécessitera une dose de courage pour celles et ceux dans des postes de direction qui seront appelés à faire face à leurs propres idées préconçues et à reconnaître les privilèges auxquels certaines et certains d’entre nous avons tiré parti.

Les expériences et la rétroaction récentes des membres ont mené à certaines démarches initiales entreprises par OSSTF/FEESO, y compris :

  • Un examen de notre Réunion annuelle de l’Assemblée provinciale (RAAP) et des recommandations pour aborder les pratiques, politiques et procédures qui favorisent l’oppression et le racisme au sein de notre organisme;
  • Une formation du personnel du Bureau provincial et de l’Exécutif provincial;
  • Un plus grand nombre de membres au Groupe de travail consultatif en matière d’égalité;
  • La création d’ateliers et de ressources sur Comment aborder le racisme anti-noir, Comment être un bon allié, l’Histoire des Noirs et l’Histoire des femmes;
  • L’adoption par le Conseil provincial (en septembre) d’un certain nombre de résolutions, y compris la création de caucus en matière d’égalité à toutes les réunions provinciales et conférences d’OSSTF/FEESO et d’un groupe consultatif des personnes noires et les personnes de couleur.

OSSTF/FEESO s’engage à être un syndicat qui est principalement guidé par les approches anti-oppressives à la prise de décisions. Afin que cette transformation puisse avoir lieu, nous devons avoir la conviction institutionnelle d’étudier les priorités, les structures et les règles d’OSSTF/FEESO et surtout comment il se fait que des groupes de membres n’aient pas eu accès égal aux occasions de direction au sein de leur syndicat. Nous ne pouvons pas toujours faire ceci seul de notre côté, strictement au niveau de l’Exécutif provincial. Ce changement doit être apporté ensemble avec la participation de tous les membres. À mesure que nous avançons, même en ayant les meilleures intentions, il se peut que nous fassions des erreurs et de fausses manœuvres dans notre approche et (ou) nos efforts d’aborder le colonialisme, le racisme anti-noir, le racisme et les autres formes de discrimination. Lorsque cela se produira, nous devrons également nous fier sur la rétroaction critique et être ouverts à envisager de nouvelles idées. Ensemble, à titre d’organisme comptant plus de 60 000 membres et représentant des centaines de classifications d’emploi différentes dans des communautés petites et grandes, nous devrons cerner où le racisme et le préjugé systémiques existent et sont normalisés au sein de notre syndicat. 

OSSTF/FEESO assume également et activement la responsabilité pour ce travail dans le cadre de la tâche plus large du mouvement syndicat de cerner et d’aborder les façons auxquelles les structures coloniales canadiennes ont limité et continuent de limiter les occasions pour les travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et de couleur d’assumer des rôles de direction au sein du mouvement syndical. En collaboration avec la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants, la Ontario Teachers Federation, le Congrès du travail du Canada, La Fédération du travail de l’Ontario et d’autres partenaires syndicaux et communautaires, nous devons faire partie d’une plus grande force politique qui entreprend des approches anti-oppressives dans tout ce que nous faisons. Cela comprend aider à élire un gouvernement qui croit en la justice sociale, en l’égalité et en l’inclusion. Cela signifie qu’il faut faire de l’égalité un enjeu électoral et utiliser nos compétences en matière d’activisme politique pour façonner l’optique politique des prochaines élections. Au cours des prochains mois, le travail de préparation en vue de l’élection sera, en partie, axé sur les efforts pour favoriser une société qui met ouvertement en question ses systèmes historiques d’oppression. Nous devons agir comme force syndicale unie pour aider à élire des candidates et des candidats au gouvernement qui souscrivent à des principes fondés sur l’équité et la justice sociale. 

Ultimement, nous devons accepter le travail nécessaire qui nous attend. Nous devons devenir les champions de nouvelles façons de penser. Nous devons mettre en place les changements requis pour aborder et éliminer la discrimination anti-noir, anti-autochtone, raciale et sous toute autre forme au sein d’OSSTF/FEESO et de nos communautés. 

Comme organisme, nous tirerons tous les bienfaits de ce travail et nous en ressortirons tous plus forts à titre de l’ensemble des membres.

About L’Exécutif provincial
L’Exécutif provincial est responsable des opérations quotidiennes de la Fédération et surveille les activités du Conseil provincial. L’Exécutif provincial relève des membres par le biais du Conseil provincial. Les membres actuels comprennent : Harvey Bischof, président; Paul Caccamo, vice-président; Karen Littlewood, vice-présidente; Earl Burt, trésorier; Martha Hradowy, agente de l’Exécutif; Malini Leahy, agente de l’Exécutif et Dave Warda, agent de l’Exécutif.

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