Notre savoir importe

Les éducateurs, pas les idéologues, savent ce qui fonctionne en éducation

Il est inutile de chercher très loin pour réaliser que nous vivons actuellement des temps difficiles. Un lien auparavant pratiquement inimaginable entre un raciste, un xénophobe, un antisémite, un partisan de la droite alternative et un occupant du Bureau ovale totalement inadapté fait qu’il est impossible de ne pas faire de rapprochement avec des évènements de la première partie du siècle dernier s’étant produits sur un autre continent. Un affrontement avec une Corée du Nord nucléarisée… des interdictions de voyager illégales et contre-productives… des ouragans
dévastateurs en plein déni des changements climatiques… la liste des menaces n’en finit plus.

Face à ces évènements, à OSSTF/FEESO, nous faisons ce qui est en notre pouvoir par l’entremise, par exemple, de dons à l’American Civil Liberties Union et à d’autres organismes de justice sociale et de bienfaisance. Les montants ne sont que symboliques, mais ils envoient un message que nous nous devons de transmettre. Aux côtés des autres, nous faisons connaître nos positions, en gardant à l’esprit l’expression d’Edmund Burke : « Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. »

Mais en soi, cela ne suffit pas. Il faut aussi que nous comprenions et que nous adressions les causes premières. Comment se peut-il que tant d’Américaines et d’Américains, durant la période précédant l’élection présidentielle, aient pu croire de telles théories du complot, hallucinantes et destructrices, comme celles avancées par des gens du même acabit qu’Alex Jones, des théories du complot qui font d’House of Cards une série insipide en comparaison?

En plus de causes économiques, sociales et historiques, il est difficile de ne pas voir la situation américaine actuelle (et donc mondiale) comme résultant, au moins en partie, d’une lacune dans le système éducatif des États-Unis. Quand une capacité fondamentale à développer une pensée critique manque chez une trop grande partie de la population, on doit, à coup sûr, montrer du doigt la manière dont cette dernière a été éduquée.

Pourtant il est beaucoup question de la pensée critique dans les sphères de l’enseignement. En annonçant ses intentions d’entamer un examen du curriculum de l’Ontario, le gouvernement Wynne désigne la pensée critique comme un élément essentiel des résultats escomptés. La pensée critique, la créativité, la citoyenneté mondiale sont toutes citées, mais ce dont on ne fait pratiquement pas mention est la définition claire des connaissances qui constituent la base de ces prétendues compétences générales. Les Américaines et Américains ont élu un dirigeant, que nous subissons, dépourvu de toute habilité à exercer une pensée critique. « Qui aurait cru que les soins de santé pouvaient être si compliqués », proclame-t-il, alors qu’en réalité quiconque en connaît un peu sur les soins de santé sait que leur transformation est compliquée. Mais il semble que rares sont ceux qui ont une mine de connaissances historiques, politiques et éthiques qui excluraient purement et simplement leur acceptation incontestée de telles absurdités. Si le système éducatif n’est pas là pour fournir cette vaste connaissance sur des matières, qui l’est?

Comme des psychologues de la cognition, tels que Daniel Willingham, l’ont démontré de façon convaincante, la pensée critique est propre à un sujet, elle dépend de l’expertise dans un domaine. C’est aussi vrai pour l’éducation que cela l’est pour les soins de santé ou tout autre domaine spécialisé. Et c’est précisément là qu’OSSTF/FEESO continuera de s’engager le plus. Lorsque nous nous opposons à ce que le gouvernement dépende d’idéologues plutôt que de praticiens dans la planification de réformes en éducation, nous revendiquons nos connaissances et notre professionnalisme comme étant essentiels à la protection et à l’amélioration de l’éducation publique. Et lorsque nous l’assumons pleinement, nous nous portons à la défense du bien commun qui a toujours motivé nos actions.

Dans un avenir prévisible, nous nous engagerons, sans aucun doute, dans des luttes simples et intenses. Quel que soit votre rôle en éducation, rappelez-vous que durant ces luttes, non seulement OSSTF/FEESO sera en train de protéger vos droits et vos intérêts, mais nous mènerons également le combat d’un avenir décent, meilleur et enrichissant pour nos élèves et la société dans laquelle nous vivons. Dans ce contexte, nos connaissances ont de l’importance, de même que le savoir que nous transmettons à nos élèves. Il s’agit là de la plus importante protection que nous pouvons élever contre l’ignorance et la possible victoire du mal qui en découle.

About Harvey Bischof
Harvey Bischof est le 66e président provincial d’OSSTF/FEESO. Il a été élu pour la première fois à l’Exécutif provincial en 2007 au poste d’agent de l’Exécutif puis comme vice-président en 2011, 2013 et 2015. Il a été élu président en 2017.

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