Le problème avec Betsy

La secrétaire à l’éducation du président américain Trump n’a rien à faire dans les écoles de l’Ontario

Mot de l'éditeur

Un lundi matin du début d’octobre, on nous a révélé que Betsy DeVos, secrétaire à l’éducation des États-Unis, devait visiter l’Ontario plus tard dans la semaine. Les nouvelles rapportaient que Betsy DeVos, qui préconise « le choix d’école » visiterait les écoles de la région de Toronto et qu’elle rencontrerait des représentants du ministère de l’Éducation.

Les réactions des éducateurs et de leurs représentants ont été rapides et sans équivoque. Harvey Bischof, président d’OSSTF/FEESO, a précisé qu’il était « inquiétant » et « un affront à nos membres » que le gouvernement permette à Betsy DeVos de visiter les écoles ontariennes. Chris Cowley, président de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario, a déclaré que Betsy DeVos devrait « garder ses idées rétrogrades en dehors de l’Ontario. » Le tollé a été assez fort qu’il a captivé l’attention de certains des principaux médias des États-Unis, notamment la revue Newsweek et The Washington Post.

Deux jours après que la nouvelle a été rendue publique et un jour seulement avant le moment de son arrivée, la visite de Betsy DeVos a été soudainement annulée. Son bureau a mentionné « un conflit d’horaire », une explication qui paraît un peu vide de sens à la lumière de la vague d’opposition qui a éclaté.

Cette vague d’opposition était tout à fait justifiée. La réputation bien méritée de Betsy DeVos est celle d’une milliardaire ultraconservatrice dont le seul but est de discréditer et de déstabiliser les écoles publiques, tout en faisant la promotion du rôle déterminant du secteur privé dans la sphère de l’éducation. Elle préconise « le choix d’école », ce qui peut sembler plutôt inoffensif, mais cela se présente par un éventail de programmes qui redirigent les fonds publics de l’éducation publique, argent qui, au bout du compte, aboutit dans les mains des écoles privées ou religieuses, soit par du financement direct ou par la subvention des frais de scolarité aux élèves.

Dans les États américains où ces programmes ont été adoptés avec beaucoup d’enthousiasme, le financement de l’éducation publique diminue déjà, car les recettes fiscales sont acheminées vers les établissements privés, établissements qui rendent très peu de comptes au public comparativement aux écoles publiques. Les écoles privées, par exemple, peuvent choisir les élèves qu’ils acceptent qui, la plupart du temps, se traduit par du racisme et d’autres formes de discrimination. Randi Weingarten, présidente de l’American Federation of Teachers, a écrit que « ce recours à la privatisation et ce désinvestissement ne sont que des cousins légèrement plus polis de la ségrégation. » Pour Randi Weingarten, le véritable objectif de Betsy DeVos est évident : « Comment mieux tracer la voie à la privatisation de l’éducation publique que d’affamer les écoles publiques jusqu’à la limite, de critiquer leurs lacunes et de s’en remettre au marché pour le reste, tout cela au nom du choix. »

Dans ces conditions, il est difficile de ne pas être un peu méfiant quant à la raison de la planification d’une visite de Betsy DeVos en Ontario. Le ministère de l’Éducation a essayé d’orienter cette visite comme une occasion « de mettre en valeur » le système d’éducation ontarien financé à même les deniers publics, mais qui peut croire que Betsy DeVos, dont le mépris pour l’éducation publique est bien décrit, souhaiterait en apprendre davantage sur notre système?

Les Ontariennes et Ontariens pourraient être tentés de supposer que notre tradition d’éducation publique de qualité bien ancrée nous garde à l’abri de la recrudescence constante de la privatisation que Betsy DeVos réussit à promouvoir chez nos voisins du Sud. Mais peut-être ne devrions-nous pas nous réjouir. Nous n’avons qu’à regarder plus loin, au Sud, où ces dernières années les enseignants mexicains ont été poussés à la grève pour mettre fin à l’intrusion des intérêts privés dans la sphère de l’éducation publique. Au fait, le Mexique a aussi une longue tradition en matière d’éducation publique, dont l’accès est garanti dans la constitution nationale. Mais depuis 2014, les intérêts commerciaux mexicains, en collaboration avec une entreprise américaine qui opère des écoles à charte, ont ouvert au moins sept écoles privées dans le nord du Mexique. Sommes-nous en train d’ouvrir la voie à quelque chose de dangereux?

Nous ne connaissons pas avec certitude les raisons pour lesquelles Betsy DeVos planifiait une visite en Ontario, mais compte tenu de ses antécédents, on imagine mal que sa visite aurait servi les intérêts de personne d’autre que les entreprises privées comme celles qui profitent de ses politiques aux États-Unis. Il est déconcertant qu’elle prévoyait de venir ici et il est encore plus déroutant que le ministère de l’Éducation planifiait de l’accueillir. Encore une fois, comme c’est fréquemment le cas, il a fallu que les éducateurs eux-mêmes prennent parti en faveur de l’éducation publique en Ontario.

About Michael Young
Michael Young est le rédacteur en chef d'Education Forum et education-forum.ca.

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