Les choses se compliquent?

Faire face aux contestations contre l’éducation sexuelle

A Meeting of the School Trustees

Je dois admettre qu’il était grand temps pour nous d’insérer un article sur l’éducation sexuelle dans Education Forum. Je voulais que Susan Ursel rédige le texte en raison de son travail de longue date et reconnu en faveur de l’équité dans le domaine des questions de sexe et de genre. Je voulais initialement publier un article qui décrirait ce que comprendrait un programmecadre progressiste d’éducation sexuelle et j’espérais qu’il précéderait l’annonce par le gouvernement du nouveau programme d’éducation physique et santé et peut-être l’influencerait. Hélas! Compte tenu de l’horaire de Susan et des contraintes thé- matiques du magazine, il a été impossible de collaborer avant aujourd’hui.

En y repensant, il s’avère que le moment est très bien choisi. Non seulement Susan et sa collègue Karen Ensslen ont eu l’occasion de lire et de commenter le nouveau programme, mais elles ont pu le situer dans une perspective historique grâce au récent livre de Jonathan Zimmerman intitulé Too Hot to Handle: A Global History of Sex Education.

Je ne dévoilerai pas leurs conclusions, mais je me contenterai de dire qu’elles reconnaissent qu’un programme progressiste est sain pour les élèves.

Bien que je trouve cet article intéressant, je suis vraiment fasciné par les contestations contre le nouveau programme d’éducation sexuelle. Je crois fermement au droit de manifester et quand des groupes de parents se sont réunis pour exprimer leur désaccord à l’égard du nouveau programme, j’ai écouté attentivement. Parmi les déclarations faites devant la caméra, qui ont le plus attiré mon attention, notons :

« Ils veulent leur empoisonner l’esprit? »

« Et puis quoi encore! Des rapports sexuels protégés avec des animaux? »

« Pourquoi prendre la peine de leur apprendre quelque chose sur un sujet qu’ils ne connaissent même pas? »

« Pourquoi mon enfant a-t-il besoin de savoir le véritable mot pour « nichons? »

Je ne veux pas m’attarder trop longtemps sur de telles déclarations, car sans entendre la passion et l’angoisse qui les animent, je crains que l’on m’accuse de me moquer de ceux qui les ont dites. Mais la dernière remarque m’a vraiment frappé. Un adulte qui est incapable (ou trop mal à l’aise) d’utiliser en public le mot « sein » s’élevait contre le programme d’éducation sexuelle qui était, selon lui, trop révélateur. N’ignorez pas cette ironie; elle est la preuve de la nécessité d’un nouveau programme sur l’éducation sexuelle progressiste et renouvelé.

Mais la question qui suscite le plus d’intérêt n’est pas la refonte du programme, mais plutôt la perception du public que nos écoles sont quelque chose sur lesquelles ils sont obligés de projeter leurs besoins, sentiments et opinions. En tant que travailleurs en éducation, nous connaissons nos écoles sur tous les plans et il peut être déconcertant de voir ceux de l’extérieur nous imposer leurs convictions personnelles.

Cela me rappelle la toile qu’a peinte Robert Harris en 1885 « Une rencontre des commissaires d’école » qui est exposée au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. Vous vous souvenez peut-être de la Minute du patrimoine canadien qui s’en est inspirée. Dans le tableau, une jeune institutrice se tient debout et est entourée de quatre hommes plus âgés assis, vraisemblablement des commissaires d’école. La main tournée vers le haut est tendue comme si elle implorait leur compréhension alors que les hommes la regardent droit dans les yeux, l’un d’eux ayant les bras croisés, tous paraissant obstinés, inébranlables et peu convaincus.

Pour ceux d’entre nous qui avons œuvré dans les écoles et travaillé avec les enfants, combien de fois nous sommes-nous sentis comme l’institutrice du tableau? Nous connaissons nos élèves, nous savons ce dont ils ont besoin et pourtant nous devons affronter les revendications des parents et du public bien intentionnés, mais parfois mal informés.

Nous devrions tous être fiers de travailler dans les écoles si importantes que la population est contrainte de commenter leur fonctionnement. Ce phénomène est naturel au sein d’une démocratie dont des établissements sont financés à même les deniers publics et compréhensible plus particulièrement quand il s’agit de l’éducation des jeunes. Toutefois, nous devons toujours nous méfier que les projections morales du public ne court-circuitent pas l’expertise et l’expérience de ceux qui œuvrent en éducation. Au fur et à mesure que la société évolue, il en est de même des besoins de nos élèves, et il est de notre devoir de revendiquer des changements progressifs dans nos écoles.

About Randy Banderob
Randy Banderob est adjoint exécutif au Secteur des services éducatifs, Bureau provincial.

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