Le 6 décembre 2014

25 ans plus tard, nous ne pouvons ignorer l’appel

Image de l’article sur le 6 décembre 2014

Les humains sont des animaux sociaux qui fonctionnent mieux quand ils sont en groupe. Nous naissons en société; elle nous modèle, nous la modelons. Non seulement l’avancement de notre espèce entre et sort inaperçu de nos structures sociétales, mais il crée également des cercles d’inclusion qui requièrent une navigation habile. Notre objectif en éducation est de faire avancer la connaissance individuelle et, en prime, nous élevons et faisons avancer le collectif qu’est notre société. Nous nous efforçons de créer des milieux qui permettent le partage et l’expérience de l’apprentissage. Nous sommes profondément conscients que le fait de ne pas tenir compte d’actions, de mots, de blagues et de gestes suppose leur approbation et détruit ces milieux d’apprentissage positifs. En tant qu’éducateurs, nous savons qu’une génération façonne la suivante à travers les messages qu’elle choisit de perpétuer en raison de son action ou inaction.

Une génération s’est écoulée depuis que 14 femmes ont été tuées à l’École polytechnique. Cette année marque le 25e anniversaire du massacre de Montréal. Une génération entière de Canadiennes et de Canadiens a été élevée en étant consciente de l’importance du 6 décembre.

Nous avons posé la question à 14 femmes d’OSSTF/FEESO : « Vingt-cinq plus tard, de quelle manière le massacre de Montréal vous a-t-il façonné? »

Nous n’avons pas reçu de réponses exactes et elles ont été très pénibles à lire : emplies de trahison, de colère et de désillusion. Les 14 femmes blessées et les 14 femmes assassinées le 6 décembre 1989 représentent d’innombrables victimes et rescapées de la violence à l’égard des femmes. Les 14 femmes auxquelles nous avons posé la question sont représentatives d’innombrables vies touchées par les actions de ce jour et des 25 ans d’action et d’inaction subséquents.
Selon elles :

« Je me souviens…
– d’être plus consciente des dangers possibles lorsque je marchais
à travers le campus, et si j’étais seule dans un bâtiment, d’avoir
davantage peur
– d’être plus sensible à tout ce qui m’entourait
– d’avoir appris que certaines personnes n’ont que très peu de respect
envers les femmes
– d’avoir reçu un « sifflet d’alarme de viol »
– d’être devenue féministe
– qu’on m’a enseigné que je devais me protéger, car personne d’autre
ne le ferait

Je ressens…/Je me sens…
– de la colère et de la frustration chaque année quand je vois les
noms, les visages et les âges de ces jeunes femmes qui seraient dans
la quarantaine aujourd’hui
– que les évènements du 6 décembre en sont venus à représenter
tout ce qui allait à l’encontre de ce que je faisais
– d’être démoralisée par le degré auquel les femmes continuent d’être
visées, utilisées comme boucs émissaires et maltraitées comme elles
le sont partout dans le monde
– que nous avançons à reculons, car bien que la sensibilisation des
gens par rapport à la violence à l’égard des femmes a augmenté,
malheureusement ce n’est pas le cas des réactions à ce problème

Je sais que…
– la violence à l’égard des femmes continue toujours
– la violence à l’égard des femmes est tout aussi répandue aujourd’hui
qu’elle l’était en 1989 au moment de la fusillade
– la violence à l’égard des femmes est encore plus courante
– nous avons besoin de nous souvenir de ces femmes et de prononcer
leurs noms pour défendre les vies qu’elles n’ont jamais
pu avoir
– nous ne pouvons arrêter de penser à la signification de ce jour tant
que toutes les femmes ne sont pas à l’abri de la violence et que tous
les hommes partagent cette opinion »

La violence à l’égard des femmes fait partie intégrante de notre société. Elle est systémique du fait qu’elle est partout : dans les paroles de chansons primées, dans les disparitions et les meurtres d’innombrables femmes autochtones canadiennes pour lesquels aucune enquête n’a été menée, dans les photos retouchées pour commercialiser les produits que nous utilisons quotidiennement. Mais en tant que société, nous commençons à vraiment reconnaître et à SAVOIR ces vérités. Ce savoir stimule l’action : des compagnies choisissent de NE PAS retoucher les photos à la suite de pressions exercées par le public (AerieAmerican Eagle, Seventeen); des groupes protestent, écrivent des lettres aux gouvernements et les critiquent pour leur inaction quant aux questions touchant les femmes (lettre du Congrès du travail du Canada exigeant que les dirigeants fédéraux agissent, les organismes s’associent à des campagnes sur les droits des femmes); les gens choisissent de NE PAS se scandaliser par la nudité des femmes, mais plutôt par des actions d’atteinte à la vie privée. Des actions du public, comme celles-ci, qui tiennent le gouvernement et les médias à des normes plus exigeantes, créent des changements durables qui forgeront un avenir meilleur pour toutes et tous.
Ceux et celles qui œuvrent en éducation le font parce que nous partageons le sentiment que nous pouvons aider à façonner l’avenir; nous savons que nos actions suscitent d’autres actions.
Prenons un moment pour regarder la nouvelle rose de l’affiche du 6 décembre. Elle est délibérément troublante. De même que le confort engendre la complaisance, le malaise peut inciter à l’action. Nous espérons que vous ressentirez un malaise.

Quatorze femmes ont été tuées PARCE QU’ELLES étaient des femmes. Souvenez-vous d’elles, ressentez de la colère et sachez que vous devez agir. Engagez des conversations difficiles
qui vous tiendront, vous et tous les responsables de politiques et de protocoles, à des normes les plus élevées possible. Nous faisons appel à vous pour les commémorer du 1er au 5 décembre.
Nous faisons appel à vous pour passer à l’action tous les jours.

Nous aimerions remercier les 14 femmes d’OSSTF/FEESO qui ont répondu avec une franchise brutale à notre question :

Diane Anderson, District 7, Bluewater, ESP
Diane Bélanger-Brisson, District 35, Universités et collèges, PSSUO
Lindsay Chase, District 22, Niagara, OTBU
Suzette Clark, directrice, Services éducatifs
Jo Dean, Exécutif provincial
Sue Doughty-Smith, Exécutif provincial
Cindy Dubé, Exécutif provincial
Roberta Gamache, District 17, Simcoe, EA
Kim Kruithof-Ray, District 1, Ontario North East, EA
Thérèse Matteau, Bureau provincial, Réception
Lori Foote, secrétaire générale adjointe, Services professionnels
Susan Melville, District 3, Rainbow, TBU
Patricia Morneau, District 9, Greater Essex, PSSP
Lauren Simmons, District 12, Toronto, TBU

About Rosemary Judd-Archer
Rosemary Judd-Archer est adjointe exécutive au Secteur des services éducatifs, Bureau provincial.

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